Qu'est-ce que le Jikji ?

Le Jikji (직지심경) est un trésor culturel coréen conservé en France. Il s'agit du plus ancien livre imprimé au monde avec des caractères mobiles en métal, bien avant la Bible de Gutenberg. Voici son histoire, son contenu et le lien particulier qui l'unit à la France.
Qu'est-ce que le Jikji ?

Le Jikji : le livre coréen qui a devancé Gutenberg


Si je vous demande qui a inventé l'imprimerie, il y a de fortes chances que vous répondiez : Gutenberg. Et ce serait une réponse tout à fait logique.

Pourtant, il existe un livre coréen qui vient bousculer cette idée reçue.

Ce livre s'appelle le Jikji, et il a été imprimé près de 80 ans avant la célèbre Bible de Gutenberg.



Une prouesse technique pour son époque


Le Jikji a été imprimé en 1377, au temple Heungdeok, à Cheongju, pendant la période du royaume de Goryeo. À cette époque, les artisans coréens maîtrisaient déjà l'impression à l'aide de caractères mobiles en métal, une technique particulièrement avancée pour le XIVᵉ siècle.

La Bible de Gutenberg, quant à elle, n'apparaîtra qu'autour de 1455, soit environ 78 ans plus tard.

Cela ne signifie pas que Gutenberg n'a rien inventé. Son travail a révolutionné la diffusion du savoir en Europe et a profondément marqué l'histoire.

En revanche, le Jikji montre que cette technique existait déjà en Corée plusieurs décennies auparavant.

Cette importance historique a d'ailleurs été reconnue par l'UNESCO, qui l'a inscrit au registre Mémoire du monde en 2001.



De quoi parle le Jikji ?

On pourrait penser qu'un livre aussi célèbre traite d'imprimerie.

En réalité, pas du tout.

Le Jikji est un ouvrage consacré au bouddhisme zen. Il rassemble des enseignements destinés aux moines et aux pratiquants, afin de les guider dans leur réflexion et leur pratique.

Son titre complet est d'ailleurs particulièrement impressionnant :

Paegun hwasang ch'orok Pulcho chikchi simch'e yojŏl

On peut le traduire par :

Compilation par le Révérend Paegun d'extraits essentiels de la montrance directe du substrat de l'esprit par les bouddhas et les patriarches.

Pas de panique si vous n'arrivez pas à le retenir... tout le monde l'appelle simplement le Jikji.

L'ouvrage a été compilé par le moine Baegun (1298-1374). Après sa mort, deux de ses disciples ont entrepris de l'imprimer.

À l'origine, il était composé de deux volumes, mais un seul nous est parvenu : le second.



Pourquoi se trouve-t-il en France ?

C'est probablement la question que l'on se pose tous en découvrant son histoire.

À la fin du XIXᵉ siècle, le diplomate français Victor Collin de Plancy, passionné par la culture coréenne, acquiert le Jikji alors qu'il est en poste en Corée.

En 1900, l'ouvrage est présenté au public lors de l'Exposition universelle de Paris.

Quelques années plus tard, en 1911, Victor Collin de Plancy décide de le vendre aux enchères. Il est acheté par le collectionneur Henri Vever, dont la famille en fera finalement don à la Bibliothèque nationale de France en 1950.

C'est là qu'il est toujours conservé aujourd'hui.



Une redécouverte qui a changé son destin

Pendant longtemps, le Jikji est resté relativement méconnu.

Dans les années 1960, la chercheuse coréenne Park Byeong-seon, qui travaillait à la Bibliothèque nationale de France, retrouve l'ouvrage et met en évidence son importance historique.

Ses recherches permettent notamment de confirmer que le Jikji est bien antérieur à la Bible de Gutenberg.

Cette découverte suscite un immense intérêt en Corée du Sud. Le livre devient alors un véritable symbole du patrimoine coréen et de son histoire.

Depuis plusieurs années, la Corée souhaite pouvoir présenter le Jikji sur son territoire, au moins de manière temporaire. En 2023, la Bibliothèque nationale de France lui a consacré une exposition exceptionnelle, la première depuis près de cinquante ans.



Un livre qui raconte bien plus que son contenu

Le Jikji est bien plus qu'un simple ouvrage religieux.

Il nous rappelle que les grandes innovations ne naissent pas toujours là où on l'imagine, et que l'histoire est souvent plus riche que les idées que l'on en garde.

Aujourd'hui encore, il reste l'un des plus beaux témoignages du savoir-faire de la Corée médiévale et occupe une place particulière dans le patrimoine culturel du pays.



Si vous souhaitez en apprendre davantage, la Bibliothèque nationale de France propose une courte vidéo qui retrace l'histoire du Jikji et explique pourquoi il est considéré comme un ouvrage exceptionnel :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3ABNF_-_Le_Jikji.webm


Source de l'image: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10527116j, Public domain, via Wikimedia Commons