Pourquoi l’âge en Corée peut-il être différent ?
Vous avez peut-être déjà entendu quelqu’un dire qu’en Corée, une personne pouvait avoir un ou deux ans de plus que son âge en France.
Et non, les Coréens ne vieillissent pas plus vite que nous !
Cette différence vient simplement d’une ancienne manière de compter l’âge, longtemps utilisée en Corée du Sud.
Aujourd’hui, les choses sont beaucoup plus simples, mais cet ancien système fait toujours partie de la culture coréenne et on peut encore en entendre parler dans les conversations.
Pourquoi les Coréens n’avaient-ils pas tous le même âge ?
Imaginez que vous demandiez son âge à une personne coréenne et qu’elle vous réponde… deux nombres différents.
Non, elle ne s’est pas trompée sur son année de naissance.
Pendant longtemps, plusieurs façons de calculer l’âge ont coexisté en Corée du Sud. Selon le système utilisé, une même personne pouvait donc avoir un ou même deux ans de différence.
Depuis 2023, les choses sont devenues beaucoup plus simples. Mais l’ancien « âge coréen » reste encore bien connu et fait partie de ces petites particularités culturelles qu’il est intéressant de comprendre.
L’âge officiel : le système que nous connaissons
Commençons par le plus simple.
Aujourd’hui, la Corée du Sud utilise officiellement un système basé sur la date de naissance, appelé en coréen 만 나이 (man nai).
Le principe est exactement le même qu’en France :
à la naissance, un bébé a 0 an ;
il prend 1 an à chaque anniversaire.
Par exemple, une personne née le 15 mai 2000 a 23 ans jusqu’au 14 mai 2024, puis fête ses 24 ans le 15 mai.
Rien de très dépaysant jusque-là.
Depuis le 28 juin 2023, ce système est devenu la référence dans de nombreux textes civils et administratifs sud-coréens afin de limiter les confusions entre les différentes façons de compter l’âge.
Mais alors, qu’était « l’âge coréen » ?
C’est là que les choses deviennent beaucoup plus originales.
Dans l’ancien système traditionnel, un bébé ne naissait pas à 0 an.
Il avait directement 1 an.
Et surtout, son âge ne changeait pas le jour de son anniversaire. Toute la population prenait un an supplémentaire le 1er janvier, quelle que soit sa date de naissance.
Autrement dit, tout le monde « vieillissait » en même temps au passage de la nouvelle année.
Une personne née en septembre pouvait donc être considérée comme ayant 1 an dès sa naissance, puis passer à 2 ans au 1er janvier suivant, alors qu’elle n’avait encore vécu que quelques mois.
Le cas étonnant du bébé né le 31 décembre
L’exemple le plus parlant est probablement celui d’un bébé né le 31 décembre.
Avec l’âge officiel :
le 31 décembre : 0 an ;
le 1er janvier : toujours 0 an ;
il aura 1 an lors de son premier anniversaire, le 31 décembre suivant.
Avec l’ancien âge coréen :
le 31 décembre : 1 an dès sa naissance ;
le lendemain, 1er janvier : 2 ans.
Un bébé pouvait donc être considéré comme ayant 2 ans alors qu’il n’avait vécu qu’une seule journée.
Évidemment, cela paraît assez étrange avec notre manière de compter.
C’est aussi ce qui explique pourquoi, entre l’âge utilisé en France et l’ancien âge coréen, il pouvait parfois y avoir un ou deux ans d’écart.
Pourquoi comptait-on l’âge de cette manière ?
L’origine exacte de ce système est plus complexe qu’elle n’en a l’air.
Une explication souvent avancée est qu’à la naissance, l’enfant entrait directement dans sa première année de vie. Au lieu de dire qu’il avait « zéro an » et qu’il vivait sa première année, on considérait donc directement qu’il avait 1 an.
Le passage à la nouvelle année marquait ensuite symboliquement une nouvelle année pour tout le monde.
Et cette façon de compter n’était pas propre à la Corée. Des systèmes similaires ont existé dans plusieurs pays d’Asie de l’Est.
La particularité de la Corée du Sud est surtout que cette habitude a continué à être très présente dans la vie quotidienne jusqu’à une époque récente.
Pourquoi la Corée a-t-elle changé de système en 2023 ?
Pendant longtemps, plusieurs méthodes de calcul de l’âge ont coexisté en Corée du Sud.
Selon la situation, une même personne pouvait donc être associée à plusieurs âges.
Dans une conversation entre amis, ce n’était pas forcément très grave.
Mais lorsqu’il était question de contrats, de documents administratifs, d’assurances ou de lois comportant une limite d’âge, les choses pouvaient devenir beaucoup plus compliquées.
Le gouvernement sud-coréen a donc décidé d’uniformiser davantage le système.
Depuis le 28 juin 2023, lorsqu’un texte civil ou administratif mentionne un âge sans préciser une méthode particulière, c’est le 만 나이 (man nai), c’est-à-dire l’âge calculé à partir de la date de naissance, qui sert de référence.
Cela ne signifie toutefois pas que toutes les autres méthodes de calcul ont complètement disparu.
Certaines règles particulières, notamment concernant l’âge scolaire, l’achat d’alcool ou de tabac ou encore certaines obligations militaires, peuvent toujours utiliser un calcul basé sur l’année de naissance.
Et dans la vie quotidienne ?
C’est probablement là que les choses deviennent les plus intéressantes.
Changer une loi peut se faire en quelques mois.
Changer une habitude culturelle utilisée pendant des générations prend forcément beaucoup plus de temps.
L’ancien âge coréen reste donc parfaitement compris et peut encore apparaître dans certaines conversations, notamment avec des personnes ayant longtemps eu l’habitude de l’utiliser.
Il ne faut donc pas être surpris si quelqu’un précise la manière dont il compte son âge ou vous demande :
만 나이로요?
Man nairoyo ?
« En âge officiel ? »
Aujourd’hui, le système basé sur la date de naissance est toutefois devenu la référence, en particulier dans les démarches administratives et de plus en plus dans la vie quotidienne.
Finalement, quel âge faut-il retenir ?
Pour faire simple :
L’âge officiel - 만 나이
naissance à 0 an ;
+1 à chaque anniversaire ;
c’est aujourd’hui le système de référence en Corée du Sud.
L’ancien âge coréen
naissance à 1 an ;
+1 chaque 1er janvier ;
il n’est plus la référence administrative, mais reste largement connu.
Alors si un jour un Coréen vous annonce deux âges différents, inutile de chercher une erreur dans sa date de naissance.
Derrière cette différence se cache simplement une ancienne manière de compter le temps, profondément ancrée dans les habitudes coréennes.
Et même si elle disparaît progressivement de la vie quotidienne, elle reste un petit morceau particulièrement intéressant de l’histoire et de la culture du pays.